L’avis des commerçants d’Athus : Mr. Robin du salon de coiffure « Robin »

Comme annoncé dans l’article relatif à la mise en location de rez-de-chaussée commerciaux à Athus,  voici la première interview d’un commerçant athusien : Monsieur Robin, gérant du salon de coiffure « Robin ». Installé depuis un an au 8 Rue de Rodange, 

Première question, combien de temps cela fait-il que vous êtes ouvert ?
Ici ça fait un an.

Et avant vous étiez où ?
Mais avant j’étais, j’ai un parcours atypique en fait, moi j’étais installé à Athus, à la Grand Rue et j’ai quitté quand ils ont fait les travaux et supprimé les parkings. Il n’y avait plus de parking à la Grand Rue, donc pour moi c’était très embêtant parce que comme je travaille énormément en chimiothérapie, j’ai des personnes qui arrivent, qui sont malades, qui ne sont pas très bien, qui ne peuvent pas se taper … Et puis j’ai des gens qui viennent de loin, pour une perruque médicale, qui viennent de Libramont, Bertrix, Florenville. Les gens que vous venez de voir sortir viennent de Neufchateau ! 

Oui donc ils ne connaissent pas forcément, ils ne savent pas où se garer.
Oui, alors il faut trouver pour se garer. Du coup je suis parti au Grand-Duché, pour ma pension plus tard. Donc j’ai fait 13 ans au Grand-Duché pour ma pension et puis je suis revenu à Messancy parce que l’occasion se prêtait bien avec les solariums et puis là ça tournait super bien et elle a décidé d’arrêter. Comme j’étais en sous-location, je n’avais rien à dire j’ai dû partir donc je me suis retrouvé à la rue. Alors je me suis dit : soit je fais chez moi, j’habite à la Grand Rue et je retrouve le problème du parking, soit je trouve un bâtiment où il y a du parking et ici, en fait, il y a la place du marché en face.

Donc à la rue de Rodange maintenant, c’est là où il y a des parkings. Parce que le parking il est là, moi j’ai un parking pour 250 voitures devant chez moi (sourire). Donc je suis tranquille.

Donc vous êtes ici depuis un an et il y a combien de temps que vous étiez installé à la Grand Rue ?
30 ans

Pour quelle raison vous êtes-vous installé ici, du coup c’est plutôt pour le …
Pour le parking et puis ma clientèle était sur Athus donc j’avais aussi facile de venir ici.

Considérez-vous Athus comme un endroit viable pour ouvrir un commerce ?
Oui ! Je pense que ça dépend beaucoup du commerçant. C’est toujours le même problème… vous avez des gens qui avaient ouvert des trucs qui ne pouvaient pas tenir, mais ça se voyait tout de suite. Je veux dire, si vous ouvrez un magasin de jeans et que vous avez 5 pantalons dans le magasin, ce n’est pas la peine, n’ouvrez pas quoi. Donc c’est ça qui est difficile. Le problème de jeunes qui veulent se lancer, c’est qu’ils arrivent mais ils n’ont pas les reins assez solides pour lancer un truc quoi. Vous ne pouvez pas démarrer un truc avec 3 brols dans le magasin quoi. Il faut de la marchandise, il faut du choix. En plus à l’heure d’internet etc., c’est difficile. Tout ce qui est boutique maintenant c’est compliqué. Moi j’ai des clients qui achètent leurs chaussures par internet. Donc ça devient un peu difficile quand même, il faut reconnaître.

Oui donc pour vous il y a un certain type de commerce qui fonctionne mieux à Athus ?
Oui, je pense que voilà il y a des types de commerces à ouvrir. Il y a des choses qui manquent mais c’est vrai que c’est des choses … Si vous prenez par exemple un magasin de produit de santé, bien-être, des choses comme ça, il n’y en a pas sur Athus. Dans le temps, il y avait « Le Jardin de la Santé ». Elle a fait fortune là-bas au-dessous pourtant elle était retirée, mais il y aurait des magasins comme ça, ça fonctionnerait. Le problème c’est que ce sont des magasins qui vendent de petits articles donc c’est du produit à 10, 12, 15 euros. Ils ne peuvent pas donner 800 euros de loyer par mois.

Tout est relatif, si vous avez un magasin de laine par exemple. Il n’y a plus de magasin de laine, mais il y a encore des gens qui tricotent donc ils ont de plus en plus de mal à trouver de la mercerie, boutons, tirettes, etc. Oui, mais le gars qui veut faire un magasin comme ça, il y a des fans qui aimeraient bien.  Il y a une dame qui l’a fait chez elle à Udange et la dame elle gagne très bien sa vie. A Aubange il y en a une aussi. Elle a fait une décoration à la façade avec des énormes boutons, c’est très joli en plus, et elle a une belle clientèle mais c’est chez elle à la maison qu’elle a fait ça. Si elle devait donner 500 euros de loyer par mois, elle arrête, ce n’est pas possible, ce n’est pas rentable.

Pour vous en tant que coiffure ici, est-ce que c’est rentable ?
C’est rentable mais c’est vrai que 850 euros tous les mois c’est costaud. Pour Athus, c’est beaucoup.

Quels avantages tirez-vous de votre emplacement à Athus ?

Moi l’avantage ici c’est surtout d’être proche des trois frontières, fin proche, on est en plein milieu ! Il y a une clientèle qui est là quoi.

Moi j’ai quand même une clientèle luxembourgeoise aussi donc voilà. Maintenant quand c’est calme c’est comme partout. Le mois d’août par exemple c’est calme parce qu’ils sont tous en vacance. Quand on le sait, on en profite pour faire autre chose… Nettoyer, ranger, mettre en ordre mais quand il y a du monde il y a du monde quand même. 

Donc pour vous, le flux de frontaliers qui passe quotidiennement la frontière c’est un avantage ?
Oui, je ne sais pas si c’est un avantage, maintenant c’est au commerçant de capter cet avantage-là. Ça dépend de ce qu’il va lui proposer comme service, comme produit. Parce que je vois les gens qui viennent au marché, on vous dit qu’il y a un monde fou, moi je n’ai jamais jamais eu de gens qui viennent du marché pour m’acheter un shampoing. Moi je n’ai pas une clientèle de passage, j’ai une clientèle qui prend des rendez-vous, des habitués et du paramédical surtout.

Conseilleriez-vous à d’autres commerçants de s’installer dans cette zone aux trois frontières ?
Honnêtement, oui. Je pense qu’Athus il y a un potentiel mais je vous dis, ça dépend de ce qu’on propose comme marchandises.

Le textile par exemple, c’est un peu fini ?
Le textile, c’est compliqué parce qu’entre les grands magasins, les zonings, on est entourés de zonings ici ! L’avantage d’être au trois frontières, c’est aussi l’inconvénient d’être aux trois frontières parce que vous avez le zoning français, le luxembourgeois et le zoning belge et vous vous êtes au milieu de tout ça, comment voulez-vous ?

Maintenant on se pose toujours la question du « pourquoi Athus périclite au niveau commercial ? ». Mais parce que toutes les villes périclitent. Moi, depuis tout petit, je suis un habitué de Dinant, je ne sais pas si vous connaissez, mais c’est une ville que j’adore. C’est une ville où j’allais avec ma maman quand j’étais petit, je suis un fan de Dinant donc on y va de temps en temps manger mais il n’y a plus rien ! Il n’y a plus rien ! On y a été il y a 15 jours, il n’y a plus un chat. Il n’y avait personne, on était 5 tables à la terrasse. Dans la rue principale où il y avait plein de magasin, il n’y a plus rien. Il reste 5 magasins à tout casser. Dans le temps, vous ne saviez pas marcher sur le trottoir le dimanche tellement il y avait de monde. Les magasins liquident l’un après l’autre, nous on le voit. Chaque année c’est pire.

Alors vous avez Bastogne où il y a en a encore, pourquoi ? Parce qu’il y a un côté touristique très fort, il y a encore des gens qui se disent « on va essayer » mais il y a plein de magasins qui ferment. Vous ne le voyez pas parce qu’ils sont repris tout de suite par d’autres personnes qui essayent et qui tiennent 6 mois, mais c’est exactement le même problème. 

Et est-ce que vous êtes au courant de la rénovation urbaine d’Athus ?
Oui d’une partie en tout cas, oui.

Et vous en pensez quoi ?
Je trouve que c’est bien, j’espère juste que ce n’est pas trop tard mais voilà, à un moment il faut y aller donc c’est très bien.

Et qu’est-ce que vous attendez de cette rénovation urbaine ?
J’attends surtout qu’on s’occupe un peu de la propreté car c’est quand même important. Notamment, je reviens toujours avec la même chose mais moi ce qui m’énerve c’est les poubelles ! Je ne digère pas les poubelles à Athus. Moi les duo bacs … Non mais on est la seule Commune de la province à avoir des duo bacs, on est les seuls ! Arlon, il ont des sacs, Messancy ils ont des sacs, Saint-Léger ils ont des sacs, Musson ils ont des sacs et Virton ils ont des sacs et nous on croit qu’on a inventé la poudre parce qu’on a des duo bacs. Non ! C’est dégueulasse. Moi l’été avec les voisins d’un côté et les voisins de l’autre côté, quand le soleil va taper, à partir de 2h de l’après-midi dessus je dois fermer ma porte ! Ça pue les poubelles. C’est une infection. Ça je ne trouve pas normal. Ça je trouve qu’l faudrait faire quelque chose parce qu’au niveau hygiénique, si on a une fois une grosse canicule, on va souffrir, les rats vont sortir de la rivière. Ça va être une cata !

Les poubelles c’est vraiment un problème à régler. Vous rentrez dans la ville, vous descendez la côte de Pétange, c’est quoi votre première vue sur la droite ? Devant les appartements, il y a 18 petits containers ! 18 poubelles !

Selon vous, Athus manque de commerces ? Il en faudrait plus ?
Bah, ça ne vous parait pas évident … ça c’est une question idiote mademoiselle, celle-là vous pouviez la garder (rires). Moi j’ai été président des commerçants à Athus, il y a des années de cela, j’ai connu Athus quand il y avait encore, à l’époque, jusqu’au 24 ou 25 salons de coiffure dans Athus, d’accord ?

Et maintenant ?
Je crois qu’on est encore 6 ou 7. Il y avait 5 magasins de chaussures, 15 magasins de vêtements, il y avait de tout, un magasin d’articles cadeaux, dans la Grand rue, une gadgetière, un glacier, il y a eu le Choco Prix, le magasin grandes tailles, des commerces il y en a eu plein de choses à Athus, chez HL, des boucheries… Des bouchers il en reste un, il y en avait 4 à l’époque. Et tout s’est fermé très vite …

A cause des centres commerciaux ?
Mais bien sûr, vous ne pouvez pas lutter contre les grands magasins et même ici vous avez le Lidl, l’Aldi, le Delhaize, vous avez maintenant le Carrefour Express… On a fait le tour ! Celui qui s’installe maintenant avec une épicerie de fruits et de légumes, je ne sais pas comment il tient.

Il y a quand même deux épiceries portugaises.
Mais là c’est différent parce qu’ils ont leur clientèle, ils ont une clientèle portugaise. Maintenant il faut voir s’ils vont tenir parce que ce n’est pas évident.

Vous avez dit que vous étiez président des commerçants, est-ce que vous aimeriez qu’il y ait à nouveau une association de commerçants ?
C’est impossible, à l’heure actuelle, c’est impossible. Parce qu’il y a toujours eu la bagarre, déjà à l’époque, entre la Grand rue et la rue de Rodange et là maintenant il n’y a plus assez de commerçants pour avoir une association commerciale… Là je pense que maintenant c’est le rôle de l’échevin des commerces et je pense que c’est à la Commune à prendre le relais. Ce n’est pas normal, parce que dans d’autres villes ce n’est pas comme ça. Mais maintenant, ici, c’est la seule solution. Vous ne pouvez pas demander à quelqu’un de réunir le peu de commerçants qui reste autour d’un flambeau. Ce n’est pas possible, il ne faut pas rêver. Je pense que c’est à l’échevin des commerces de dire telle date c’est la Braderie, telle date il y aura ceci, telle date cela … Comme ça c’est impératif, c’est la Commune qui a décidé, point barre, personne n’osera dire non et tout le monde, comme un seul homme, suivra les dates fixées.

Moi je vois nous ici, en période de fête de fin d’année, à Noel, j’ai été voir les voisin j’ai dit écoutez je vais acheter 4 sapins de Noel, pour faire le coin ici, avec tout le monde le même sapin, la même hauteur, les mêmes rubans, les mêmes boules après pour qu’il y ait quand même un coin joli dans l’entrée de la rue de Rodange. On a fait ça et c’était très bien, on s’est très bien entendus, chacun a payé son sapin et il n’y a pas eu de problèmes mais heu … voilà des trucs comme ça on se débrouille tous seuls. Mais je ne vais pas faire ça pour tout Athus, ce n’est pas la peine. Il n’y a plus assez de commerces l’un à côté de l’autre pour pouvoir faire une association commerciale. Pour ça il faudrait au moins 5, 6 commerces l’un à côté de l’autre mais il n’y a pas.

Moi je n’ai plus de questions, est-ce que vous avez d’autres éléments à soulever ?
Je remarquais que dans le temps, il n’y a pas si longtemps, parce que je ne suis pas si vieux que ça, il y a peut-être 15 ans, on avait des policiers qui marchaient par deux et qui se promenaient dans les rues et on les voyait circuler sur le trottoir. Ils passaient, parlaient avec les gens qu’ils connaissaient, disaient bonjour à ceux qu’ils ne connaissaient pas mais je veux dire il y avait quand même une atmosphère de sécurité. D’accord ? Parce qu’on parle souvent de l’insécurité dans Athus, pourquoi les gens se sentent en insécurité ? Parce qu’il n’y a rien, moi je n’ai jamais vu, j’habite à la Grand Rue depuis 30 ans et je n’ai jamais vu quelqu’un se faire agresser, jamais ! Donc c’est juste un sentiment et ce sentiment il vient de quoi ? De l’entourage, de l’environnement, du fait qu’on a l’impression que la Police n’est pas présente.

Nous, on nous parle toujours d’insécurité. Alors je leur demande vous avez déjà été agressé ? Non. Vous connaissez quelqu’un qui a été agressé ? Non. Alors elle est où l’insécurité ? C’est juste un état d’esprit, un sentiment. Pourquoi ? Parce que le soir on voit des lumières bleues, des combis devant chez vous,… Les gens parlent d’insécurité parce que c’est devenu presqu’une rumeur nationale, c’est normal. Non !

L’image d’Athus pour vous elle ne colle pas à …
L’image d’Athus elle n’est pas juste, elle ne colle pas à la réalité. C’est ça ! C’est tout à fait ça, et ça c’est dommage. Parce que les gens ils sont là ! Moi je fais du théâtre et on a 1200, 1300 personnes qui viennent sur le mois de mars au Rallye. Donc il y a moyen de faire bouger les gens, il faut leur amener quelque chose qui leur correspond, ça dépend comment on va leur amener. 

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